Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 14:21

 

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Le projet est ambitieux. Et le sous-titre ne veut rien dire à part ancrer notre devenir politique dans le monde de la pensée, de la métaphysique, de la philosophie. Mais il s’agit de présenter ici quelque chose de concret, donc la recognition, laissons-là de côté.

 

Déjà, pas de mot d’ordre. En effet, nous ne pouvons envisager de mouvement fédéraliste que libre – absolument libre. Or, jusqu’à maintenant, nombre de mouvements sociaux ont brandi des « il faut », ont craché des invectives à la face des vivants, qu’ils soient des congénères humains – du même pays ou d’ailleurs – ou encore des légions de vivants non-humains à qui on a cru pouvoir dire – selon une sensibilité humaine – ce qui est bon pour eux.

 

Donc, pas de mot d’ordre. Ou en tout cas, aucun mot d’ordre en principe. Indispensable pour fédérer et éviter les luttes intestines. Mais aussi attitude qui se démarque d’emblée de l’habitude, de la normalité, du canon de la lutte sociale et de l’engagement politique en général. Pas d’impératifs.

 

Voilà comment nous pouvons considérer les choses. Imaginez-vous que le corps social est un être humain, un individu. Il a des douleurs dans l’abdomen. Il va voir le médecin. Le diagnostic est sans appel : cancer généralisé de l’appareil digestif. Stade terminal. Ça ne se voit pas, ça s’est développé du dedans, mais c’est foutu, tout est pourri. Bizarrement, ces dernières années, le corps avait de vagues maux de tête, était un peu dépressif, mais dans l’ensemble, au regard de cette nouvelle maladie, il allait plutôt bien, et dans certaines régions, très bien même…

 

Voilà où nous en sommes. Le cancer est généralisé : des bouleversements climatiques, des ressources qui s’épuisent, les germes de totalitarisme un peu partout, un cynisme sans mesure des puissants, des idéologies montées les unes contre les autres qu’on appelle des civilisations mais qui sont la plupart du temps des résidus du religieux en politique, de simples discours apposés à des formes plus complexes.

 

Et pendant ce temps, une classe moyenne occidentale qui n’en finit pas de se prélasser dans un confort certain comparé à celui de la majorité de ses contemporains et surtout de ses ancêtres, tout en ayant conscience que quelque chose se trame, d’important, de bouleversant, de cataclysmique, qu’elle adore appeler dans ses fantasmes superstitieux, fin du monde, mais qui n’est en fait que la métaphore d’une autre métaphore, celle du cancer, qui elle-même signifie impossibilité « mathématique » que ce monde-là perdure.

 

Je n’accuse personne. Surtout pas la classe moyenne en question qui aurait bon dos dans ce cas. Les postes de télévision sont allumés depuis cinquante ans dans les foyers et les ravages qu’ils ont faits sur les mentalités sont hallucinants. Je n’accuse même pas les dirigeants qui ont perdu tout sens de la perspective si tant est qu’ils en aient eu un jour. Ces gens n’ont jamais pensé. Ils ont beaucoup travaillé, ils ont écouté les experts, mais ils ont toujours pris les décisions de manière ratio-irrationnel, un mix des deux, avec leur cœur, leur tripes, leur cerveau et leurs couilles, selon leurs intérêts, personnels, de classe, de réseau, et une vision de la vie digne d’enfants de 5 ans.

 

Un exemple. Quand les personnalités politiques discutent d’un projet d’urbanisme, ils ne font pas autre chose que de jouer aux playmobils. Les architectes-urbanistes sont les concepteurs du jeu et les politiques les enfants. La forme du Logos (à ne pas confondre avec les Lego) ressemble à ça : « et si on faisait… » ou « on dirait qu’ici on ferait… ».  Les politiques ont des étoiles plein les yeux, ou sont contrariés par la tournure que prennent les évènements, comme quand un ami vous piquait le personnage que vous vouliez.

 

Bref, je considère que les luttes sociales, la philosophie politique, mais aussi l’ingénierie, la création artistique et toute la sphère des savoirs et de leur transmission constituent un ensemble d’activités humaines qui s’opposent par nature à la bêtise ambiante, à la politique « eurodisney », à la télévision et aux médias de masse. Cette idée n’est pas nouvelle et je vous renvoie à l’intervention de Gilles Deleuze à la FEMIS sur l’acte de créer, qu’il doit être possible de trouver sur internet. Là déjà il est question de refuser les mots d’ordre, de créer, de résister. (Un penseur contemporain, Bernard Stiegler, est à lire également).

 

Pourquoi fédérer les luttes, et comment ? Parce qu’agir dans un secteur particulier, c’est ignorer, sciemment ou non, le jeu des relations engagées dans tout système. Si j’ai comparé le corps social à un individu, c’était pour faire surgir l’ensemble devant nos yeux et insister sur le caractère interactif de notre monde. Un monde relationnel, immanent, un réseau de connexions, exactement comme les neurones dans un cerveau. Ça se couple et ça se coupe, ça crée des ponts, ça s’influence, ça s’emballe, ça circule ; c’est une histoire – encore Deleuze – de flux et de coupure de flux, d’encodage, de décodage, de surcodage. Autrement dit, et pour revenir au sujet, il y a quelque chose de commun dans les luttes pour les droits, pour la liberté, pour la dignité, pour l’indépendance, pour la circulation des biens, des personnes et des savoirs, pour la sauvegarde des humains, des non-humains et des écosystèmes, pour l’égalité, et cette communauté, c’est la vie, c’est la réalité, c’est l’existence, selon l’angle qu’on prend et ce qu’on veut y inclure. D’après moi, il faudrait toujours tout inclure. C’est ce qu’on appelle l’holisme.

 

Pourquoi fédérer les luttes, encore ? Parce qu’en face, il y a l’inertie du système, une force sans visage, contre laquelle il est impossible de lutter seul. Nietzsche disait que notre monde est gouverné par la volonté de puissance, qu’il existe des forces qui s’affrontent – parce que c’est leur nature de s’affronter, de vouloir s’imposer – et que ce qui fait la différence, c’est la quantité de force. La force d’une morale – ou de valeurs – par exemple, partagée par un ensemble d’individus, sera proportionnel au nombre d’individus qui la partage. Face à l’inertie du système-monde, ou des systèmes interagissant, aucune action individuelle, ni même associative – à l’échelle locale, nationale ou internationale – ne saurait ébranler le dit système. C’est une association d’associations d’associations qu’il faut vouloir, c’est un système d’association des luttes qu’il faut créer pour faire face au système-monde et infléchir sa tendance cancéreuse.

 

Pourquoi fédérer les luttes, enfin ? Parce qu’en face il y a également des consortiums rationnels, des entités existantes, des groupes de pression, des familles, des aristos, qui sont eux-mêmes des types de fédérations mondaines non-démocratiques et qui pourtant dirigent la plupart des démocraties.

 

Comment fédérer les luttes, maintenant ?

 

Je ne sais pas. Je n’ai pas de solution. Ce serait bien d’en avoir, au moins une. Mais je n’en ai pas. Je ne puis donner que des raisons de le faire. Cela paraît normal, cependant, qu’un individu seul n’ait pas de solution à proposer, car un individu seul n’est qu’une monade, un être sans fenêtre, une vue de l’esprit même, une entité métaphysique (cf. Leibnitz). C’est le réseau qui compte, c’est lui qui est réel et c’est avec lui seul qu’une fédération de luttes peut se faire. Une fédération d’êtres différents, par essence, nature, genre ou ce qu’on veut. Une fédération de la multitude, reconnaissant la différence de fait, comme son fatum, son destin, son devenir. Car sans différence, il n’y a rien à connecter, il n’y a qu’un bloc, un seul système, une seule façon, un trou noir, un centre si compact, si compressé que rien ne passe, aucun flux, aucune lumière ; plus qu’un bloc de matière en chute libre dans un univers insensé.

 

Par gianni diderot
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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 01:29

Oui, c’est le pays de mon enfance. Je n’ai pas eu le choix. Je ne suis pas mécontent, loin s’en faut, c’est comme ça, c’est tout. C’est une belle terre, avec de jolis coins. La démocratie libérale nous permet d’y bien vivre. Ouais, ouais. Sauf que tout le monde n’y vit pas si bien mais, surtout, il ne faut pas le dire. A l’exception d’une période où la classe politique dans son ensemble s’insurge contre la pauvreté et la vie difficile – la campagne présidentielle. Bien sûr les partis d’opposition au pouvoir se plaignent toute l’année, mais l’opposition est toujours en campagne, n’est-ce pas ?

 

Bon, là n’est pas la question. C’est quoi cette France qui se fout sur la gueule en ce moment ? Est-elle unie sous un drapeau ? Est-elle nationaliste ? Et c’est quoi la nation, la nation française ?

 

En ce moment, il y a des bouquins d’histoire qui sortent. Je vous conseille de vous les procurer. Y’en a un qui s’appelle « Nos ancêtres les gaulois et autres fadaises », que j’ai parcouru et y’en a un autre, plus scientifique, dont j’ai entendu parler hier à « Ce soir ou jamais ». Ce dernier fait la lumière sur quelques milliers d’années d’histoire mal connues, à partir des découvertes archéologiques des trente dernières années. Je ne me souviens pas du titre. Toujours est-il que les gaulois, c’est pas du tout ce qu’on croyait. D’après ces récentes découvertes, c’étaient des gens civilisés, urbanisés, propriétaires de grandes fermes, aux cheveux cours et à la barbe bien taillée. Ces ancêtres, dont peu de gens peuvent se targuer d’être les descendants dans la France actuelle, participent, grâce à Astérix notamment, de l’imaginaire collectif et, à notre époque, beaucoup de gens les envisagent comme un peuple uni, féru de liberté, et pourquoi pas déjà un peu chauvin. Bon, c’est complètement faux. Ils sont organisés en petits Etats, qui commercent entre eux, comme les cités-Etats de l’antiquité ou de la Renaissance. Rien à voir avec l’État centralisé de l’après XVIIe.

 

Bon alors, la France c’est quoi ? Cette douce France dans et pour laquelle on se déchire en ce moment, est-ce qu’elle existe ? Le président Sarkozy l’a nommée dans un discours : la France éternelle. Eh bien non, la France, ce n’est pas la France éternelle, loin s’en faut. D’une part, on ne peut la nommer comme telle qu’à la fin du Moyen-âge – Clovis était Roi des Francs Saliens, Roi des Francs donc et non Roi de France –, d’autre part, on n’est pas du tout sûr que son nom survivra dans l’avenir. Moi je ne suis pas un antinationaliste. Mais je ne suis pas un nationaliste non plus. Si l’organisation de la société doit faire disparaître la France pour que les femmes et les hommes qui vivent sur ce territoire s’en portent mieux, je dis youpi.

 

Mais je suis un gauchiste. Il faut en parler, de ça. C’est vrai que depuis un certain nombre d’années, depuis la guerre (39-45) peut-être, depuis l’année 1968 à la rigueur, il règne sur l’intelligentsia, et dans les classes moyennes, une mentalité de gauche, une mentalité socialiste. Et ça ne peut plus durer. Ceux qui savent vraiment ce que sont les vraies valeurs, la vraie France, le vrai travail, la vraie vie, eh bien ils ne peuvent plus supporter cet état de fait. C’est bon, maintenant. La mentalité gauchiste, permissive, libertaire, laxiste, ça suffit. Je dis ça avec ironie, mais il ne faut pas sous-estimer la réalité de ce point de vue. Il y a des gens qui trouvent que nous sommes trop cool. Il faudrait revenir à plus de fermeté. On pourrait leur montrer les dangers de leurs opinions réactionnaires en évoquant les fascismes d’il n’y a pas si longtemps – comme ils veulent nous rappeler l’histoire, profitons-en – mais ils pourraient nous montrer les dangers des nôtres – et ils ne s’en privent pas – en évoquant Staline le Rouge.

 

Pourquoi je parle de ça ? Parce que mon sujet, c’est la France, la douce France. Et s’il y a bien quelque chose qui caractérise le débat d’idées politique dans ce pays, c’est le clivage, toujours réactualisé, de deux visions du monde qui seraient opposées. Bien sûr, il y a du vrai là-dedans. Deleuze disait : la gauche c’est ceux qui regardent d’abord l’ensemble pour en arriver à soi-même et la droite c’est ceux qui regardent soi-même d’abord pour en arriver à l’ensemble. S’il faut qu’on s’arrête sur une définition, je prendrais celle-ci. Mais en fait ça ne mène pas très loin, ce clivage. Car cette distinction émane d’un milieu social particulier. Celui de la haute bourgeoisie, de la classe politique, autrement dit, de la classe dominante. Or la classe dominante, ce n’est pas la France et la France, c’est difficile de savoir ce que c’est.

 

Les gens qui vivent en France pensent-ils tous former le même peuple ? Ce n’est pas sûr. Les élites s’adressent à eux comme à un peuple, l’intelligentsia aimerait qu’un peuple existe pour confirmer ses analyses, pour pouvoir invoquer Rousseau et Montesquieu, mais le peuple de France n’est certainement pas l’entité monolithique qu’ils imaginent. Ce qui fait de moi un gauchiste, c’est que je considère que tous les gens résidant en France actuellement sont de fait des citoyens français. Ce que m’apprend l’Histoire, c’est que la terre sur laquelle je vis, de nombreux peuples l’ont habité, après avoir migré. Les celtes, les grecs, les « barbares », les romains, les normands, les maures, que sais-je encore. Ce n’est pas parce que depuis deux siècles les autorités politiques ont voulu faire de nous un peuple uni que nous sommes obligé de considérer les frontières administratives comme la limite de notre territoire, duquel seraient exclus les autres peuples qui voudraient y vivre. Il ne s’agit pas là de colonisation, mais de migration. C’est toute la différence. Depuis quand, d’ailleurs, n’a-t-on plus le droit de se déplacer sans passeport sur la terre ? Il faudrait répondre à la question. Mais je digresse, je digresse.

 

Nous sommes tous allés à l’école. C’est un bien et c’est un mal. Grâce à cela, les élites bourgeoises ont pu nous faire entrer dans le crâne toutes les idées qu’ils voulaient. Depuis le XIXe siècle, depuis que les bourgeois ont pris le pouvoir grâce à des révoltes populaires, ils ont instauré un régime qu’ils appellent démocratie et qui soumet le peuple à leur bon vouloir en lui faisant croire qu’il est libre. Là, je ne parle pas du même peuple, je parle du grand nombre, des petites gens, de la piétaille. Là, on peut parler de peuple. Rien à voir avec le peuple uni sous le drapeau de la Nation. Je pense que nous le savons tous au fond de nous, c’est pourquoi nous n’avons cessé de refaire cette révolution qu’on nous a volé : l’histoire de la Nation française est l’histoire d’un peuple qui a voulu s’émanciper, depuis deux siècles, de la domination du petit nombre des dirigeants, qu’ils soient héritiers ou élus, qui confisquent le pouvoir sur la terre qu’ils habitent.

 

Cette nation – s’il faut la nommer ainsi – se fait manipuler, car elle n’est pas éternelle, elle n’a rien de grand, elle n’a pas à se protéger d’un quelconque étranger, elle n’a pas de drapeau, elle ne fait que revendiquer la même chose depuis qu’on lui a donné un nom : le droit de vivre, sans discrimination ni hiérarchie, libre de manière égale. Ceci n’est pas un programme, c’est un non-programme, c’est la réponse au biopouvoir qui tente de nous dicter notre conduite chaque jour.

 

Puisqu’on parle de la France, je finirai sur la situation actuelle. Si on instaurait un régime sans suffrage universel qui imposait l’alternance politique entre deux, trois, ou quatre partis politiques, tous les cinq ans, pour administrer le pays, le résultat serait exactement le même. Il faut se résoudre au fait que le droit de vote est un pis-aller. Et pire, lors des élections présidentielles, les plus importantes symboliquement dans notre pays, la campagne prend des allures de grand jeu à l’attention d’un peuple qui se complait sans complexe dans son infantilisation. Sans parler de la télévision et de la radio, c’est le cas des nouveaux forums que sont les réseaux sociaux sur internet. C’est triste et c’est dommage car le fait d’avoir pour nous des forums où s’exprimer devrait être l’occasion de faire de la politique. Malheureusement, entre ces deux tours de la présidentielle 2012, la bêtise règne, ou du moins la mauvaise foi, la propagande, l’incitation, le lynchage, alors qu’on pourrait y voir – comme c’est le cas en dehors du calendrier politique imposé – la discussion, l’échange, la contribution, l’analyse, l’intelligence.

 

Alors, que reste-t-il de notre douce France ? Il n’y a jamais rien eu qui ressemble à cela. Des images d’Épinal, des cartes postales, des films, des fantasmes, c’est tout. Ce que nous vivons tous les jours, nous sommes les seuls à le connaître. Les personnalités politiques qui disent savoir ce que nous voulons sont des bonimenteurs. Et quand bien même le sauraient-ils, que pourraient-ils bien y faire ?

Par gianni diderot - Publié dans : Con-science politique
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Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 14:54

363051.jpg Nous voulons un gouvernement responsable. Le président sortant et son équipe ne sont pas totalement irresponsables, mais ils l’ont été à plusieurs reprises, et cela invalide de manière rédhibitoire leur légitimité à gouverner. Afin d’éviter d’entrer dans des polémiques stériles, nous ferons un bref état des lieux de la politique étrangère, ce qui peut se faire sans référence partisane. Bien sûr, on pourra me reprocher d’être un idéologue caché derrière un critique. Soit. Je suis donc un universaliste et je prône le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais je suis sûr qu’on pourrait pousser dans leur retranchement les militants du parti au pouvoir sur ce sujet. Sont-ils tous interventionnistes ? Croient-ils en la supériorité de l’Occident sur le reste du monde ? N’est-on pas tous en droit d’attendre du gouvernement une cohérence, une ligne de conduite claire et distincte, des décisions souveraines en politique internationales, un respect a priori des autres Nations ? Bref, voyons ce qu’il en est.

 

Ne tournons pas autour du pot, la politique internationale de l’équipe du président est entachée de prises de postions et d’actions qui ont montré et montrent encore la méconnaissance des situations, l’irresponsabilité d’une nation influente sur le plan international, l’arrogance d’un pays d’occident face à de grandes aires culturelles, l’opportunisme inhérent à cette frange droitiste de la classe politique. La France est présente militairement en Afghanistan sans aucune déclaration de guerre et suivant une opération américaine de gendarmerie internationale « légitimée » par la poursuite d’un bandit-terroriste qui, pour les protagonistes, est maintenant vingt mille lieues sous les mers. La France est intervenue militairement dans une ancienne colonie, mandatée par les Nations-Unies sans raison suffisante – mais je veux bien qu’on m’en donne une –, pour appuyer unilatéralement un des deux camps en conflit postélectoral contre les instances démocratiques du pays – le conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire.

 

Ce que nous aurions attendu d’un pays responsable devant le reste du monde aurait été tout simplement la réorganisation du deuxième tour des élections en Côte d’Ivoire sous la surveillance policière des Nations Unies représentées à la rigueur par la France. Si nous devons éviter des massacres engendrés par une vie politique qui déraille, intervenir dans des pays souverains, nous affirmons que cela ne peut se faire qu’en affichant une absolue neutralité. C’est pourquoi il était tout à fait tendancieux d’envoyer la France en Côte d’Ivoire, elle qui n’a jamais vraiment cessée d’être la maitresse cachée de cette dernière. De plus, elle a choisi de soutenir un des deux protagonistes sans doute parce qu’elle ne s’entendait pas avec l’autre. Le néocolonialisme n’est pas nouveau, mais le gouvernement français des dix dernières années, ayant vu pourtant ses équipes renouvelées, a continué et même renforcé son attitude néocoloniale. Le discours de Dakar, qu’on cite assez souvent pour illustrer ce problème, est significatif. En quittant le continent noir, il n’a jamais été question d’abandonner les prérogatives du colon. Ce n’est pas une vaste entreprise de réparation ou, à la rigueur, une rupture définitive avec les anciennes colonies qui ont été de mise, mais bien plutôt la mutation des méthodes, l’entretien de réseaux sous-marins, une mainmise paternaliste et confiscatoire des matières premières, des politiques de développement et de la mise en place d’outils de production. La crise ivoirienne et le discours de Dakar ont pu montrer l’ampleur du phénomène. Les hommes blancs de Paris sont les supérieurs des Africains et, s’ils ne règnent plus directement, ils leur imposent leurs dirigeants tout en les infantilisant lors de visites diplomatiques.

 

Il faut maintenant pointer l’incohérence de cette politique étrangère, son inconséquence et la méconnaissance des dossiers dont ont fait preuve les responsables politiques les plus haut placés, comme Michèle Alliot-Marie et le président lui-même. Recevoir Kadhafi et Ben Ali à l’Élysée était déjà maladroit, mais vendre des armes de répression policière à un gouvernement qui allait les utiliser contre un peuple en révolte, juste avant les dites révoltes qu’on a fini par soutenir, ça relève plus de la faute professionnelle. Mais ils ne se sont pas contentés de faire ces erreurs : toute la politique étrangère tournée vers le Maghreb à partir de ce moment a été une démonstration d’incompétence flagrante, relayée par une propagande médiatique dépassant le niveau habituel. En Lybie, pendant que les envoyés spéciaux nous montraient des pick-up sur des routes traversant le désert, tableau de la rébellion la plus folklorique de l’histoire, une coalition de pays occidentaux – l’OTAN – dont l’existence est tout de même sujette à caution depuis la chute de l’Empire soviétique, la France en tête, faisait soi-disant la guerre sans mettre les pieds sur terre, soutenant des factions armés de gentils rebelles avec lesquels elle n’était pas en contact. En fait, il est évident que des soldats de l’OTAN étaient présents sur place, ainsi que des agents de renseignement, et les frappes chirurgicales ont bien sûr fait des victimes collatérales. Le désert libyen était l’endroit idéal pour orchestrer une guerre de type étasunien, où rien n’est déclaré de ce qui se passe réellement, où les pays disposant d’une force de frappe suffisante négocient avec des adversaires idéologiques – les islamistes en l’occurrence ; mais on se souvient des Talibans –, leur proposant de les aider à prendre le pouvoir en contrepartie de quoi… Eh bien, on ne sait pas. En effet, la France qui aide des islamistes à renverser un dictateur à qui elle ouvrait son palais présidentielle quelques années plus tôt, eh bien on ne sait pas vraiment ce que ça veut dire, ce qui se passe dans la tête des dirigeants, mais sûrement qu’existent des opportunités, des intérêts très importants, ou une immense et incompréhensible stupidité.

 

Enfin, l’affaire syrienne. Encore une fois, l’homme d’un régime autoritaire est reçu à l’Élysée, encore une fois des révoltes éclatent et le gouvernement se voit contraint, penaud, de suivre le Zeitgeist en soutenant le « peuple », encore une fois la propagande médiatique nous serine qu’un immonde dictateur massacre quotidiennement son peuple. Mais, s’il vous plaît, dites-moi, avez-vous vu des révoltes qui prennent un tel tour ? Il est évident qu’il ne s’agit plus d’une révolte populaire mais d’une insurrection armée. Celle-ci est sans aucun doute soutenue par des islamistes, qui sont eux-mêmes armés par les occidentaux. L’influence des Frères Musulmans et autres salafistes va grandissant et nous y sommes pour quelque chose. Nous disions qu’il fallait rester neutre, que c'était la seule attitude responsable. Mais que sommes-nous en train de faire ? D’un côté nous avons aidé à poursuivre des terroristes islamistes et renverser un pouvoir religieux en Afghanistan. Et tout le monde dira – pas moi cependant – que c’est une bonne action. Mais d’un autre côté, nous avons favorisé et favorisons encore l’accession au pouvoir d’islamistes en Lybie et Syrie actuellement. Quelle cohérence dans tout ça ? On ne peut pas utiliser un prétexte à la fois comme justification positive et négative. On ne peut pas dire : nous sommes présents ici pour faire tomber des islamistes et c’est ce qui justifie notre présence, et nous sommes présents là-bas pour faire tomber un dictateur, quitte à donner le pouvoir à des islamistes. Ce qui justifiait notre présence à un endroit rend injustifiable notre présence dans l’autre. Bref, cela démontre assez clairement que le gouvernement actuel agit de manière irresponsable. L’incohérence de sa politique internationale est flagrante. Nous demandons sa démission hic et nunc, sans attendre les élections. Et si le président préfère jouer jusqu’au bout à qui veut être président et qu’il gagne, je l’exhorte de démissionner le 7 mai.

 

Mais je voudrais conclure par une note positive. Car ce tableau est un peu sombre. Tout n’est pas si déprimant. Il y a quelque chose qui nous sauve, c’est vrai. En effet, nous avons eu la chance d’avoir, à l’intérieur, pendant quelques années un homme digne, un patriote, un citoyen fidèle, droit et grand. Pendant que des ministres s’illustraient par leur comportement impropre devant les autres Nations, cet homme de l’intérieur nous réconciliait tous et nous élevait par cette déclaration géniale : « Toutes les civilisations ne se valent pas ».

Par gianni diderot - Publié dans : Con-science politique
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Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 00:19

Il n’y a rien qui fonde un quelconque droit à quoi que ce soit. Personne ne peut dire : ceci est mon droit, en vertu d’une vérité qui serait supérieure à toute autre. Pourtant, nous ne cessons de revendiquer des droits. Ceux-ci ne sont légitimes que par convention. Une convention qui très souvent nous échappe. Quand nous étions des enfants rebelles, nous savions très bien comment revendiquer des droits qui n’en étaient pas pour la société des adultes. Pour nous la convention n’en était pas une. Nous n’avions rien signé.

 

Je veux parler à ceux qui n’ont jamais rien signé. C’est-à-dire, à tout le monde. Car personne n’a jamais rien signé. Ce qui fait la différence entre des catégories imaginaires – les bourgeois, les nantis, les pauvres, les démunis –, c’est l’acceptation de la loi ou son refus. Quand nous étions des enfants rebelles, nous refusions la loi. Or nous sommes toujours potentiellement des enfants rebelles. Les lois qui nous viennent de l’extérieur n’ont rien à nous dire, à nous imposer, n’ont pas à nous contraindre.

 

Cependant, je suis tout prêt à reconnaître, non pas la valeur, mais la beauté des institutions. S’il faut parler de valeur, je parlerais en termes d’esthétique. Il y a quelque chose d’esthétique dans ces valeurs morales, ces entreprises institutionnelles, quelque chose de très sophistiqué  et la sophistication n’est pas toujours péjorative. C’est ce que fait l’humanité tous les jours en parlant de ce qu’elle fait, de ce qu’elle produit, de la manière dont elle agit. J’entends par sophistication, la transformation de la matière par l’entremise de la pensée, de l’esprit. Mais aussi des choses, des objets mêmes de l’esprit, les concepts, les idées, les notions. Tout cela est admirable en un sens, celui de la capacité de création.

 

Cela dit, aucune différence entre nous et d’autres créatures, enfin, d’autres existants, tels que les arbres, les ruisseaux, les plantes vertes, les opossums ou les étoiles. Il y a en chacun le même potentiel de production, de transformation. Aucune hiérarchie ne prévaut, c’est un enchainement de faits, d’états, de corrélats qui a lieu – et rien d’autre.

 

Nous voulons organiser tout ça ? Oui, nous devons organiser tout ça, nous les créatures, les êtres conscients. Nous le devons pour ne pas devenir fous. Mais – est-ce à dire que nous devons vivre sous le joug de nos propres injonctions, alors que nous sommes dans un monde qui vit sous l’injonction souveraine de la fatalité ?

 

Un mot sur la fatalité. Bien sûr que je suis fataliste, comme Jacques le Denis de Diderot. Cela veut-il dire pour autant qu’il faille attendre d’une entité divine un sceau apposé à nos actes ? Bien évidemment non. Ce serait trop facile. C’est qu’il est difficile cependant de faire entendre notre voix, et surtout, d’agir correctement selon les circonstances. Immanuel Kant a introduit l’intéressante intériorité du droit, du devoir. Une sorte de réflexe qui me dicte mes actes en fonction du bon et du mauvais. Lui disait : le bien et le mal. Je sais – d’après lui – quand ce que je fais est bien ou est mal. Bien que cela reste une convention, c’est une convention assez répandument acceptée pour que je la fasse mienne.

 

Le problème se situe ailleurs. Au-delà du bien et du mal, comme disait Nietzsche. Nos sommes dans l’obligation d’organiser la société bien que nous soyons tous incapables de le faire par nous-mêmes. Il y a trop d’évènements, trop d’aspects, trop de choses qui nous échappent. Nous voulons toujours trouver une solution à tout, mais nous en sommes bien incapables. Non pas que nous soyons stupides, mais simplement que cela est impossible. Mettons deux êtres humains sur terre et les problèmes surgissent déjà. C’est sans doute le sens de l’histoire d’Adam et Ève.

 

Alors que faire ? Surtout, ne penser à rien de préétabli. Nous avons dans nos façons d’être assez de passions positives pour envisager une meilleure économie universelle. Il s’agit d’arrêter pour de bon de penser pour les autres. C’est dans notre sphère, à notre niveau, dans notre famille, avec nos amis, que nous pouvons agir simplement par bonté et générosité. Faire perdurer l’État, le grand représentant abstrait, continuer de croire en sa capacité de nous représenter, c’est la meilleure manière de remettre à demain nos propres devoirs concrets, ceux que nous avons avec notre famille, nos amis, nos connaissances, les gens que nous rencontrons le long de la route.  

 

Toute entreprise politique telle qu’elle est proposée actuellement, par l’entremise des partis, des gens de classe, des personnalités, est vouée l’échec. L’échec de ce qu’elle se propose de solutionner. Combien de temps allons-nous laisser faire ? Imaginez-vous dans vingt ans, dans trente ans, dans cent ans, tout ce temps nous aurons fait s’alterner au pouvoir les mêmes familles, la même oligarchie ?

 

Le peuple est capable de faire son pain. Le peuple connait tous les processus de fabrication. Les savants font partie du peuple. Il n’y a rien qui nous empêche de construire le monde que nous voulons, sans entrave, sans directive, sans mots d’ordre d’une classe dominante. Il n’y a que l’ordre de choses, la servitude volontaire, le poids d’une société aux organes de directions confisqués qui nous pèsent.

 

Les dirigeants, le gouvernement est composé de parasites. Être à la tête de l’État, ce n’est pas être compétent, c’est être opportuniste, avisé, bien né. Il ne faut pas se leurrer, si nous étions nos propres administrateurs, constitués en assemblées populaires, nous ne prendrions pas les mêmes décisions, nous n’enverrions peut-être pas nos enfants en Syrie, en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, nous réfléchirions de manière opportune, pas selon des intérêts de classe.

 

Il faut savoir que ceux qui nous dirigent sont eux-mêmes dirigés. Des pensées faites leur sont données dès le biberon. Il n’y a rien chez eux de l’idéal républicain qui veut que chaque individu se fasse selon sa personnalité, grâce à l’esprit critique que l’école lui permet de développer. Au contraire, tous sont pris dans le processus infâme de la raison d’État, processus duquel on ne sort jamais parce qu’on y est pris jusqu’à la moelle, jusque dans les pores de la peau.

 

Nous devons nous en sortir. Nous devons quitter tout ça. Il faut se réveiller, arrêter de mater la télé, travailler sans relâche, ouvrir des livres, ne pas se laisser dicter notre pensée. Nous sommes à l’aube d’un nouveau millénaire et si nous voulons que nos enfants aient le choix, luttons pour que le choix existe – et que l’anarchie vienne.

Par gianni diderot
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Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 22:46

J’étais dans un jardin public, il y avait de l’herbe et c’était vallonné, je ne faisais rien de précis à part peut-être réfléchir à l’état actuel de l’univers : un jardin public, moi dedans, seul ou quasiment seul, à n’avoir rien à faire que de me sentir là, présent et observant au-delà.

 

L’au-delà, c’était la barrière, le grillage qui limitait le jardin. Derrière c’était la forêt, comme dans un roman picaresque, ces romans du Moyen-âge où la forêt représente le monde fantastique des fées, des mages et des créatures étranges.

 

Mais cette fois-ci, j’étais le spectateur très proche de ce monde-là. Il ne m’a pas fallu longtemps pour en voir l’intérieur, pas de longue quête, de voyage initiatique, de Graal à retrouver. Je voyais, comme au jardin zoologique, les bêtes y pâturer.

 

Ces bêtes pourtant n’avaient rien d’herbivores tranquilles. C’était des fauves et ils étaient tous blancs. Il y avait un lion, peut-être un chat sauvage. Ils avaient beau être blancs, ils étaient terrifiants. Ils avaient l’apparence d’animaux divins, féroces et sans complexes.

 

Je ne sais pas comment je suis entré dans la forêt. Par un trou dans le grillage, par une porte dérobée ? Je ne sais pas. Mais je m’y suis retrouvé, effrayé, sentant la peur autour de moi, une peur concrète qui s’exprimait dans les feuillages, les nombreux êtres des forêts.

 

J’ai croisé les premiers fuyards après un temps indéfini où je suis resté abasourdi parmi les branches. Ils couraient vers la droite et ne s’arrêtaient pas pour me parler, pour me dire ce qu’ils fuyaient. Ce n’était pas difficile à deviner, je savais qu’il y avait de fauves…

 

Alors je les ai vus. Sur des lions, sur des guépards, sur des chars blancs, les soldats de la guilde. Ils chassaient les manants comme on chasse des proies sans passion, avec le simple appétit de la nécessité. Et les manants couraient. Sur leurs figures une expression d’angoisse.

 

Pris de terreur, j’ai couru moi aussi. Je me retournais parfois et voyais la guilde organiser la battue. J’étais la proie de bêtes féroces qu’en d’autres temps mes ancêtres chassaient, repoussaient, acculaient, éradiquaient. Ils étaient aujourd’hui maîtres de ces lieux.

 

Comment je me suis retrouvé dans ce village ? Je ne sais pas. Je suppose qu’il fallait qu’il y ait un village, quelque part, au cœur de ces ténèbres. De la terre battue, quelques maisons en briques et en taules rouillées.

 

Je suis entré dans une maison commune. Nous étions une dizaine. Des enfants, des femmes, pas un homme de plus de quinze ans. Il y avait des nattes sur le sol et un nombre insuffisant de réfrigérateurs. On ferma la porte et le temps s’arrêta durant une bonne minute.

 

Puis, entendant les guerriers entrer dans le village, tout le monde s’occupa de sa propre survie. Les plus petits entrèrent dans les frigos et les plus grands s’allongèrent sur les nattes, se recouvrant de couvertures ignifugées.

 

Le bruit des lance-flammes était tétanisant. Nous entendions crépiter la structure de la chambre. Caché sous les couvertures, blottis dans les bras l’un de l’autre, ma compagne de natte et moi-même, souffle court, entremêlions nos jambes pour mieux nous protéger.

 

J’imaginais nos corps noircis, durs et sans vie après l’assaut. Je voyais déjà l’amas de cendre, je sentais la brûlure éternelle nous étreindre, j’imaginais l’insupportable découverte de ceux qui survivraient.

 

Rien, rien, rien ne pouvait justifier un tel enfer sur terre et en me réveillant, j’étais plus pacifiste que jamais, plus bienveillant, plus sensible, plus pénétré, plus intense, plus embrasé, plus vivant et plus intransigeant vis-à-vis des faiseurs de guerre, surtout ceux qui la réclament mais se gardent de la faire.

Par gianni diderot
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